La question de la représentation traverse l’histoire et l’essence de la démocratie. Au coeur du débat politique moderne, l’analyse rigoureuse de Pierre Rosanvallon nous donne les clés pour guider notre réflexion sur les enjeux que doit relever la République.

La question de la représentation
Lorsque l’on s’interroge sur la démocratie apparaît invariablement la question de la représentation du peuple. Cette question touche à l’essence même des valeurs  des sociétés occidentales modernes. La représentation est à la fois une source d’aspirations mais également de peurs : doit elle être une resprésentation délégation dont le but est de refléter fidèlement la composition du peuple ou bien une représentation mandat qui vise à mandater les meilleures compétences sachant décider.

La perspective historique.
En 1789, les états généraux ont constitué une représentation basée sur la classe sociale, le pouvoir étant partagé à part égale. Pendant la Révolution, bien que la dynamique devait s’appuyer et tolérer les associations et les regroupements, les constituants s’en méfiaient. La loi Le Chapelier supprime les corporations en 1791 affirmant “il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général”. Cette loi sera abolie en 1864.

La question de la représentation ouvrière jalonne tout le 19ème siècle. Dès 1832, a la suite de l’insurrection des Canuts, Jean Reynaud posait la question de la représentation spéciale des prolétaires. Après les émeutes de 1848, l’avènement du suffrage universel a paru être une avancée qui s’est avérée une illusion. La Gauche et notamment les Socialistes étaient considérés comm la voix ouvrière bien que composés aussi de bourgeois. Certains  ouvriers aspiraient à une représentation de classe : les ouvriers représentés par de véritables ouvriers. C’est la signification du manifeste des soixantes en 1864.

Cette aspiration aboutira à la représentation moderne syndicale considérés par essence comme représentant et défendant les intérêts des ouvriers. Ce principe était appliqué au sein même des syndicats. En 1900, au sein de la CGT, la représentation du Syndicat des Chemins de Fer forte de 37 000 membres pesait le même poids que celle du Syndicat des Mineurs forte de 27 000 ou que celle du Syndicat des Briquetiers forte de 2 adhérents ou que celle du Syndicat des Tapissiers forte de 2 membres. C’est le principe du vote unitaire.

De même, le droit social considère que le syndicat est une représentation organique et permanente des travailleurs. Ceci permet de légitimer l’établissement de contrats  comme les conventions collectives ou les accords de branches.

L’autre question, connexe à la représentation des classes sociales, est celle de la proportionnelle. Perçue comme le moyen de créer une véritable représentation des corps sociaux, elle semblait être le moyen de faire abstraction des individualités sur lesquelles se basaient la politique et de produire une resprésentation organique. Malgré l’exemple du Danemark en 1855, de la Suisse 1887 et de la Belgique en 1899, cette idée ne va s’imposer que tardivement en France.

Le parti fait le lien entre le général et l’individuel. C’est un corps intermédiaire particulier qui construit l’identité sociale entre classes sociales et opinions. Cependant à la différence des autres pays, l’Allemagne où, en 1912, 80% des adhérents au parti socialiste était des ouvriers, comme  en Angleterre, le parti socialiste français est loin d’être composé en majorité d’ouvriers. Si le régime des partis a permis une certaine stabilité des institutions tout au long de la 3ème république, on lui reproche l’inconstance des gouvernements.

Devant les difficultés de disposer d’une représentation parfaite du peuple, l’état va créer des corps consultatifs pour comprendre la société des affaires et du travail. Le conseil national économique en 1925 préfigure le Conseil Economique et Social. De même, dans les années 70, le commissariat au plan qui consulte l’ensemble des forces économiques, est un élément déterminant pour la politique des gouvernements.

Finalement, le développement des statistiques et des média de masses fait naître l’opinion publique comme représentation du peuple.

La  question actuelle
Les corps intermédiaires, partis, syndicats, organisations corporatrices,  supportant le processus de représentation, sont également des supports d’identification sociales. L’évolution de la société vers une plus grande diversité sociale rend difficile la tâche des partis qui ont de plus en de mal à féderer des citoyens aux attentes différentes.
La conjonction de l’effondrement des idéologies traditionnelles et de l’évolution des attentes des citoyens font que ceux-ci s’écartent des supports d’identification traditionnels et deviennent plus mobiles.dans leurs références et engagements, pour preuve les erreurs  récurrentes des sondages.
Dans ce contexte, l’enjeu de saisir l’opinion  comme appui des actions politiques donne à la fois la sondomanie et le caractère critique du contrôle des média.
Dans ce contexte, on peut penser que la démocratie procédurale, basée sur l’interrogation fréquente et systématique, est peut être une illusion qui renvoie aux insuffisances de la représentation numérique au 19ème siècle.

La  démocratie imparfaite
Il n’y a finalement pas de solution à la question de la représentation. Le peuple est introuvable. Il s’agit de maintenir un équilibre qui permette à la société de fonctionner.
L’affaiblissement des relais de représentations – partis, syndicats, corps consultatifs – et leur remplacement par l’idéologie de l’opinion publique vont-ils nous conduire vers un nouvel équilibre, alors que les citoyens modernes, plus éduqués, s’éloigne des idélologies et se prononcent davantage sous l’impulsion d’une vision tactique ?

A la suite de cette analyse rigoureuse et sans complaisance de la question, voici quelques réflexions de citoyen sur des questions qui fonde la réflexion politique et sociale..L’enjeu des nouvelles démocraties est de gérer la diversité. Traditionnellement la France s’est toujours méfiée des communautés, c’est la spécificité de la démocratie à la Française. En effet, ce sont les corps constitués du Clergé et du Tiers Etat qui ont déclenché la Révolution de 1789.
Avec l’affaiblissement des identités, ne vaut-il pas mieux refondre une démocratie sur  les valeurs modernes de diversités à l’exemple des Etats-Unis, mais aussi de l’Espagne qui, malgré l’autonomie des régions, définit une identité espagnole forte, plutôt que de continuer à bâtir des supports identitaires auquels personnes ne se réfère et risquer que le peuple français ne retrouve plus la France ?
La solution de la reconnaissance des communautés est le fait de sociétés plus hiérarchisée, comme les Etats-Unis selon des catégories culturelles économiques ou l’Angleterre selon les classes sociales pour l’Angleterre. Employé dans le cas de la France, cette solution risque d’aggraver les oppositions.
La situation actuelle trouve également sa source dans l’échec de la décentralisation qui a reproduit et relayé le fonctionnement central et n’a pas fait émergé de nouveaux groupes de représentation. Enfin, l’Europe a également un rôle à jouer dans la construction de nouveaux supports de représentation et d’identification.

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