Vous l’aviez compris, le grand bouleversement dont nous parle Francis Fukuyama est celui des valeurs morales. Comment ont émergé les valeurs morales au sein des sociétés ? Comment ont elles été affectées par le grand bouleversement ? L’auteur part du siècle des lumières en faisant référence à Rousseau, Locke et Hobbes : le ciment des sociétés est basé sur le contrat social. Il complète cette vision des théories modernes de l’autoorganisation et des paradigmes biologiques.

Introduction
L’argument du livre est discuté selon 3 parties qui mènent du diagnostic aux solutions :
? Quel est ce grand bouleversement ? quels en sont les effets ? comment le caractériser ?
? Comment se forme la morale et la moralité ? Quels sont les effets du grand bouleversement sur elles ?
? Comment reconstruire ou lancer la recontruction ?

Le grand bouleversement
La phase de diagnostic est employée à construire à partir des effets et des symptômes du grand bouleversement, la notion de capital social. C’est une discussion assez longue, même intéressante qui touche aux fondamentaux de l’économie politique. En effet, Francis Fukuyama nous rappelle que l’économie s’est d’abord soucié d’étudier systèmatiquement les engrenages et les rouages qui actionnent les sociétés, avant de se focaliser sur les mécanismes des transactions commerciales. Finalement, ni la globalisation, ni la pauvreté, ne peuvent expliquer à eux seuls les phénomènes qui traversent les sociétés occidentales. Les références à l’éthologie et à la biologie fournissent un dénominateur commun qui représente le niveau de coopération sociale sans tenir compte des idéologies. Francis Fukuyama appelle ce dénominateur, le capital social. Cette notion qui , par analogie au capital monétaire, a le pouvoir de s’accumuler, mais également de diminuer, permet de conduire la comparaison entre les différents pays ou zones culturelles internationales.

Finalement, l’accroissement de la criminalité, la diminution des taux de fécondité, la désagragation de la cellule familiale sont les conséquences d’un boulevresement des rouages fondamentaux qui assurent l’équilibre des sociétés. Aucun des grands blocs, Amérique, Europe, Asie n’échappe au phénomène, on constate seulement des décalages dans l’apparitions et dans les symptômes.

La morale et la moralité
Vous l’aviez compris, le grand bouleversement dont nous parle Francis Fukuyama est celui des valeurs morales. Comment ont émergé les valeurs morales au sein des sociétés ? Comment ont elles été affectées par le grand bouleversement ? L’auteur part du siècle des lumières en faisant référence à Rousseau, Locke et Hobbes : le ciment des sociétés est basé sur le contrat social. Il complète cette vision des théories modernes de l’autoorganisation et des paradigmes biologiques. Sa critique principale, il la réserve pour Nietzsche qui, par l’approche relativiste – toute norme, idéologie, théorie sert une cause que l’on a oubliée -, a fragilisé les théories universelles platoniciennes et kantiennes. Pourtant, c’est en mettant en oeuvre une démarche de philologue semblable à celle de “Généalogie de la Morale” de Nietzche que l’auteur conduit et développe sa critique.

La démarche de juxtaposer les thèse de philologie, les théories sociologiques, les modèles économiques de la théorie des jeux, la théorie de l’évolution pour rechercher les relations, les passerelles permettant de comprendre les enjeux du grand bouleversement. Cependant, l’auteur met en évidence les dangers de l’ordre spontané qui de son point de vue débouche sur des caumunautarismes et menace la cohésion des sociétés. Pour lui, les normes doivent être produites par un ordre rationnel comme celui représenté par le pouvoir législatif des sociétés modernes.

Il s’appuie sur la thèse de Max Weber développé dans “éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905)” selon laquelle le capitalisme moderne a bénéficié des valeurs morales calvinistes : travailler dur, réussir et ne pas montrer que l’on profite matériellement des biens de ce monde. Il démonte le phénomène miraculeux qui a eu lieu au sein de la société américaine où, lorsque la société civile s’est séparée de la société religieuse, les valeurs morales religieuses ont imprégné fortement les valeurs civiles.

La reconstruction
Face à ce bouleversement que l’auteur finit par définir comme un déclin, la réaction des sociétés est le renouveau de l’orthodoxie religieuse. Ceci explique notamment le renouveau de l’islamisme radical dans les pays arabes mais également au sein des sociétés occidentales. La vision de l’auteur est la prévision d’un sursaut religieux au sein des sociétés occidentales qui va remettre en correspondance les normes sociales et les besoins biologiques, notamment vis à vis du groupe familial et par conséquent stopper la tendance au déclin

Ce livre au départ intéressant par le champ balayer par la réflexion se révèle décevant par ses conclusions et ses résultats. Francis Fukuyama n’est malheureusement pas Nietzsche écrivant “La généalogie de la Morale”, ni même René Girard. Empruntant la méthode de la philologie, il aboutit à des conclusions attendus, sans surprises, alimentant une idéologie républicaine modérée. Néanmoins je partage le disgnostic d’un grand boulversement : l’évolution rapide de la richesse économique ces 30 dernières année a bouleversé les repères culturels. Cela ouvre des questions sur le monde futur que les sociétés actuelles sont en train de construire. Si la rationalité a apporté une distance entre l’homme et la nature, elle a également montré des inconvénients (Les temps modernes de Charlie Chaplin). Pendant des dizaines de milliers d’années l’auto-organisation a donné aux hommes des solutions., et elle continue de servir d’outil pour comprendre les mécanismes sociaux. Effectivement, le renouveau de l’orthodoxie religieuse s’affiche comme une réaction au déclin des valeurs morales, mais cette analyse a pour arrière plan les valeurs occidentales de liberté. La discussion des relations entre les sociétés doit aussi avoir lieu dans une perspective historique avec une analyse des différents cadres idéologiques et non pas du seul cadre occidental.

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