La démocratie est à la fois une expérience vécue et une aspiration. Nous nous souvenons tous que la démocratie participative fut un slogan de la dernière campagne présidentielle. Pourtant, évoquer une chose si familière nous oblige à recourir à des références lointaines qui ne figurent qu’imparfaitement la réalité que nous croyons connaître.
Cynthia Fleury nous prend par la main et nous guide à travers l’interprétation des références qui soutiennent le discours actuel sur la Démocratie et nous fait toucher du doigt les questions à résoudre et les défis à relever.


Prenons d”abord quelques repères ! La démocratie est présumée avoir été créée ou parachevée à Athènes au Vème siècle par Péricles. Cette démocratie qui instaurait des règles de partage des pouvoirs entre les citoyens, notables de la cité, par opposition aux barbares et étrangers, est très éloignée de notre conception présente : ce n’est pas le gouvernement du peuple.
Malgré ces références grecques fréquemment invoquées, les Révolutions du 18ème siècle ont finalement enfanté des Républiques. La République est un régime politique qui est apparu à Rome au Vème siècle avant JC (tient ! Quelle coincidence !) et qui a duré 450 ans, ce qui peut être considéré comme une preuve de stabilité. Son principe était d’organiser le gouvernement des patriciens, les nobles d’alors, réunis au Sénat sur la Société Romaine. Dans la classification des modes de gouverrnement, la République Romaine peut être qualifié d’Oligarchie.
Alors quel était le véritable projet des révolutionnaires de l’an I ? Que désiraient-ils pour la société française ? Cynthia Fleury revisite les idées reçues à propos de cette période et en extrait un fil conducteur vers un projet démocratique. Ce fil l’amène rapidement à Toqueville, penseur de référence pour elle et le microcosme des sciences politiques. Mais Cynthia Fleury n’est pas seulement une enseignante à Sciences-Po, elle est aussi philosophe. Avec le point de vue de la Philosophie, le bien, le mal, le bon, la finalité, la transcendance, elle amène un tissu de questionnement qui rejoint les interrogations actuelles.
Elle adopte une méthode qui confronte les démocraties naissantes, notamment les démocraties antiques, et la République de l’an I, aux démocraties modernes, en particulièr les démocraties françaises et américaines préoccupées par la stabilité, dans un âge adulte.
Puis viens la discussion sur la transcendance qui amène la question de la religion et de la laïcité. Les sociétés humaines doivent adopter des modes d’organisation qui préservent leurs capacités à se transcender qui passe, à défaut d’une religion par une métaphyqiue. D’ailleurs Robespierre n’avait-il pas substitué le culte catholique à celui de l’être suprême ?
De quoi procède l’égalité ? En quoi est-elle nécessare à la cohésion des sociétés ? Quelles questions soulève la liberté ? où débute-t-elle ? où finit-t-elle ? Comment les citoyens doivent-ils l’appréhender ? La démocratie actuelle nécessite à chacun de faire le deuil de l’individu, de son ego, de ses prérogatives, de ses spécificités pour contrbuer au projet sociétal.
Alors quelles sont ces pathologies dont la démocratie doit se préserver ou se soigner ?
? L’illusion que les technologies de l’information et de la communication rapprochent les hommes. Au contraire, l’omniprésence de l’autre affiche les différences et aggrave l’incompréhension.
? Confondre individualisme et individuation. Si la relation directe entre l’état et l’individu est facteur important d’égalitarisme, l’indiviualisme qui promeut l’intérêt particulier n’est favorise pas la cohésion sociale. Ainsi dans la démocratie adulte les citoyens doivent faire le deuil de leur personnalité
? Avoir peur de la Culture comme élément créateur de l’indentité. L’identité est une valeur fondamentale de stabilité d’une démocratie adulte qui n’est pas développée.
? Ne pas se laisser séduire par des histrions, surs d’eux en apparence, mais pourtant subordonnés par la réalité aux incertitudes du destin.
? Résister à la tentation de la perversion : détourner à son seul profit les règles communes sans rien apporter, ou du moins, avec le minium d’apport à la société.
? Ne pas personnaliser l’Etat et lui attribuer une conscience universelle. Dans le cas du devoir de mémoire, la tentation de reporter toute la culpabilité sur l’état et de le charger des dédommagements, ouvre des fractures entre des groupes de citoyens. En outre, un état qui assiste les citoyens en tout, ammollit leur volonté.
? Ne succomber ni à la tyrannie de la majorité qui annhile la diversité, ni aux communautés tyranniques qui conçoivent le monde de façon narcissique.
? Résister à la mésestime de soi qui peut résulter de l’abandon nécessaire par les citoyens de leur personnalité et du sentiment d’absence de réalisation.
? Résister à la frustration qui peut engendrer des réactions de violence généralisée.
? Résoudre la question de l’éducation en repensant le rôle de l’école qui doit nécessairement, outre l’apprentissage, reconquérir un rôle important dans l’éducation, mais également repenser le rôle des parents. L’éduction des enfants doit sortir de la sphère privée.
? Résoudre la question des limites évidentes et naturelles pour l’homme antique, infinies et technologiques pour l’homme moderne. Dans ce cadre, l’aspiration de dépassement de soi qui réalisait un accomplissement de l’homme antique, peut, hors limites, être périlleuse pour l’homme moderne.
? Résister à la mésestime de soi qui peut résulter de l’abandon nécessaire par les citoyens de leur personnalité et du sentiment d’absence de réalisation.
? Résister aux évolutions de la valeur du travail qui était auparavant fondait la réalisation de soi, la promotion sociale, et qui devient aujourd’hui le service de la valeur de rentabilité, désincarnée.
? Résister aux évolutions de la valeur du travail qui était auparavant fondait la réalisation de soi, la promotion sociale, et qui devient aujourd’hui le service de la valeur de rentabilité, désincarnée.
? Résister aux merchandising des idéologies qui aboutit à rendre incohérent les entreprises, les actions avec le langage. Le langage n’est plus un outil de communication et d’échange, mais un moyen de coercition.
? Dépasser le seul attachement aux régles qui peut amener à débattre de tout, comme la lapidation.et jouer de la réthorique pour faire évoluer les perceptions, alors qu’il ne faudrait pas débattre, mais s’indigner.
? Gérer l’émergence d’une société civile puissante (les associations), utile mais dont la légitimité peut être questionnée et qui ne rend de compte à personne.
? Abandonner l’exigence de vérité en politique qui est une illusion aboutissant à classer les idées suivant le critère moral du vrai ou du mensonge. D’aiileurs, la vérité existe-t-elle dans l’absolu ?
L’ensemble de ces pathologies pointent du doigt les grands questions contemporaines des démocraties adultes et les éclairent du jour de la discussion philosophique.
Cynthia Fleury propose en conclusion un aggiornamento de la démocratie pour finalement dépasser ces pathologies et arriver à l’épanouissement.
Les démocraties modernes doivent “grandir” et ne plus être un environnement de frustration et de castration, elles doivent permettre l’épanouissement des individus. Aussi, elles doivent se méfier des leçons de l’histoire, être critiques en évitant le dénigrement systématique. Enfin, elles doivent avoir pour objectif principal l’éducation et la protection des enfants, plutôt que leur fournir le spectacle des actes criminels et pervers qui a terme leur servira d’exemple.
Les sociétés modernes remplacent l’expérience par la consommation : tout est transformé en objet de consommation qui par définition est vidé de tout contenu d’expérience humaine. En l’absence d’expériences, les démocraties modernes peuvent voir leurs capacités à se transformer être amoindries.
L’état de démocratie n’est pas un état naturel. En l’absence, d’actions positives visant à le faire évoluer, à le faire grandir, il se dégrade. Pour grandir les démocraties, doivent préserver leur sources énergétiques qui résident dans la confrontation des contraires, comme le Bien et le Mal. Les démocraties modernes ne doivent pas considérer que le mal leur est extérieur, mais qu’il fait également partie d’eux-mêmes.
Il faut remettre la question de la transcendance et donc de la religion dans le champ du débat démocratique, par exemple s’inspirer de la relation entre la Réforme et la Révolution qui aboutit à la sécularisation de la croyance, la foi sans la religion.
Enfin, Cinthia Fleury recommande que dans le débat sur la démocratie, l’on sorte de la pensée unique et du dogme qui décrit ce système à partir de modèles antiques, afin de se mettre en posture de créer de nouveaux modes d’organisation démocratiques répondant aux périls des pathologies démocratiques.

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