Dans les années 80 et les années 90, les systèmes d’information voyaient le monde à travers le prisme de l’entreprise : les événements et les faits qui affectaient l’entreprise, étaient enregistrés par les salariés ou capturés par les capteurs des systèmes industriels.

Les entreprises étaient comparées à des organismes vivants, complexes, faits d’êtres humains et des machines. Elles ont besoin de programmes, de procédures, mais aussi de psychologie. C’est ce point de vue qui animait H A Simon quand il étudiait le processus de décision.

Le rôle des systèmes d’information étaient de soutenir le fonctionnement du cerveau d’entreprise, particulièrement ils devaient fournir une machine virtuelle qui aide à interpréter les événements afin de prendre de bonne décisions, et de lancer les opérations requises. Cela ne peut pas être fait sans traiter de la question de la représentation de la réalité. À côté de celle de la technologie, c’est la question principale posée aux chercheurs et aux développeurs.


Les méthodes à objets ont fourni un paradigme efficace, largement adopté par l’industrie, pour construire la représentation de concepts d’entreprise. Parce que les objets autorisent dans le même temps une représentation statique et dynamique, les systèmes informatiques peuvent être vus comme des machines logiques fournissant tous les services techniques nécessaires pour la gestion des objets.

Les objets permettent de coder le comportement du contexte comme celui des composantes organiques de l’entreprise, selon la compréhension qu’elle en a. Ce modèle d’objets complémenté de la connaissance de salariés constitue l’intelligence d’entreprise : ses capacités et son savoir-faire.

Toutes ces idées sont dans l’air et sont mises en œuvre depuis des années.

L’entreprise détecte des événements. Certains inattendus, dans ce cas, un travailleur du savoir (tacit worker), analyse et définit comment l’entreprise devrait réagir. Dans les autres cas, les règles de détection et d’analyse de l’événement sont codifiées et peuvent être mise en œuvre par un collaborateur formé.

Alors, en accord avec l’interprétation des événements, l’entreprise démarre une série d’interactions avec les acteurs externes qui, lorsqu’elles sont complexes, peuvent être des conversations. Ensuite, elle déploie les processus internes pour réaliser les demandes des acteurs externes, qui, enfin, mène à la conversation de clôture aux moments du paiement et de la livraison. C’est brièvement le modèle développé par l’ANSA dans les années 90.

En 2000, au moment de la bulle de commerce électronique, la personnalisation était le concept en vogue. Le client n’était plus vue comme une composante de l’environnement de l’entreprise comme une autre, mais comme un organisme complexe abritant aussi des processus.

La compréhension de l’environnement de l’entreprise passe d’une vision d’une suite d’interactions ponctuelles à une approche holistique. La question réelle devient celle de la synchronisation des processus du client et des processus de l’entreprise. C’était le temps de la gestion de la relation client. Mais l’approche était restée centrée sur l’entreprise, la vision du client se faisait dans le cadre des avantages de l’entreprise ou en direction des clients à l’avantage de l’entreprise.

Aujourd’hui, l’industrie informatique essaye de franchir un nouveau degré. Le monde n’est plus vu comme centré autour de l’entreprise, mais dans son ensemble, abritant des interactions d’égal à égal (peer-to-peer) entre les agents qui peuvent prendre des rôles différents : clients, fournisseurs, régulateurs, sous-traitant, partenaire etc.


L’univers est perçu par l’entreprise comme un lieu d’interactions sociales complexes. C’est l’ère de l’Entreprise 2.0. Tout cela, non seulement témoigne d’une révolution des mentalités, mais aussi d’une profonde évolution technologique.

Comment l’entreprise doit-elle prendre ce train en marche et adopter ces nouvelles voies pour réaliser des affaires ? Ceci est le seul vrai challenge de l’architecte d’entreprise !

3 thoughts on “De l’architecture d’entreprise à l’architecture sociale, le vrai challenge de l’architecte !

  1. C’est la question de fond… L’industrie informatique s’est emparée du sujet car l’innovation est un moteur de la diffusion de ses savoir-faire et de ses services.

    Au sein des entreprises, les informaticiens se sentent investis de cette mission, mais ramenés à la gestion de la technologie, ils n’ont pas la légitimité métier, sauf lorsque les DSI incluent dans leur périmètre l’organisation.

    L’architecte d’entreprise vit mal la fracture MOA/MOE si répandue en France…

    Cordialement

  2. Effectivement. C’est même un problème, car je pense que l’informaticien veut trop en faire. Mais c’est peut-être aussi pour combler un manque….
    A mon sens un Architecte d’ Entreprise n’est pas un informaticien en MOA ou en MOE. C’est une tâche beaucoup plus transversale. L’Urbaniste du Système d’Information ?
    Au sujet de l’innovation, j’ajouterais qu’au fur et à mesure de l’empilement des strates applicatives, l’informatique devient un frein.

    Mais tout n’est pas perdu, il reste des entreprises qui ont encore des Directions de l’organisation et des systèmes information. 🙂

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